Collectif_Fact: Worldmaking

04.11.11 — 15.01.2012

VERNISSAGE LE JEUDI 3 NOVEMBRE À 18 HEURES

 

Collectif_fact, Annelore Schneider & Claude Piguet, ‘Finsbury 1, Blackstock Road, London’, 2011, photographie numérique, 104 x 150 cm. Courtesy Mitterrand + Sanz et les artistes.La prochaine exposition du Centre d’Art Contemporain Genève présente les travaux de collectif_fact, un jeune collectif basé entre Genève et Londres – primé aux Bourses de la Ville de Genève en 2010 et aux Swiss Art Awards en 2011. Leur travail s’articule autour de deux axes majeurs: la publicité et la signalétique urbaines et l’univers du cinéma hollywoodien.

ŒUVRES EXPOSÉES

A STORY LIKE NO OTHER

2011, HD VIDEO, 16/9, 8'50''

Dans A STORY LIKE NO OTHER, dernière réalisation vidéo montrée en première au Centre, le procédé de reconstitution d’un scénario à partir de fragments cinématographiques est poussé encore plus loin. Le script reprend des voix-off collectées à partir d’une cinquantaine de bandes-annonces, dont «Spellbound» de Hitchcock (1945) et «Adjustment Bureau» de George Nolfi (2011). Volontairement mystérieux afin de ne pas trop dévoiler les films, les extraits collectés composent l’histoire d’un homme au coeur d’une dangereuse aventure.

FINSBURY, BLACKSTOCK ROAD, LONDON

2011, Série de 3 photographies, 103.5 x 150 x 4 cm
tirage jet d’encre

La série de photographies FINSBURY montrent des immeubles dont le rez-de-chaussée – correspondant aux vitrines des magasins - a été virtuellement supprimé. Il ne reste qu’un alignement d’enseignes disposées à la hauteur du trottoir, qui fonctionnent comme une frise de publicités, typique de l’urbanisme londonien. Le travail de transformation de l’image réelle est plus subtil que dans les pièces antérieures, provoquant un effet d’étrangeté qui n’est pas immédiat.

WAYS OF WORLDMAKING

2010, Vidéo HD, 16/9, 15’30’’

Le titre de l’exposition s’inspire du film WAYS OF WORLDMAKING, qui a valu au collectif_fact une Bourse de la Ville de Genève en 2010 et une Bourse Fédérale en 2011. Le film s’ouvre sur une salle de cinéma complètement vide. Devant l’écran blanc, le comédien Jesse Joe Walsch déclame un discours philosophique sur le monde contemporain et le sens de la vie, livrant un véritable mode d’emploi pour bien réussir son existence. Malgré une rhétorique et une aisance convaincante, les phrases apparaissent de plus en plus discordantes, voire contradictoires. Et pour cause: ce discours, a priori cohérent et efficace, est composé d’extraits de monologues tirés de films, dont «American History X», «Blues Brothers», «Monster», «A Clockwork Orange», «Kill Bill» ou «Dr. Strangelove». Avec ce film, collectif_fact déclare son orientation ouvertement cinématographique et propose avec son titre une piste de lecture possible de l’ensemble de son oeuvre, entre arts numériques et cinéma.

HITCHCOCK PRESENTS

2010, Vidéo HD, 16/9, 6’26’’
Bande son originale.

La vidéo HITCHCOCK PRESENTS relate en images noir/blanc chaque mot utilisé, 50 ans plus tôt, par Alfred Hitchcock dans la bande-annonce du thriller «Psycho» (1960). collectif_fact exploite avec subtilité les techniques du langage hitchcockien - traitement de la lumière, bande son emphatique, travellings, gros plans sur des détails a priori anodins, choix habile des décors - pour être toujours en accord avec le style du «maître du suspens». Dans une triple mise en abîme, trois lieux distincts et éloignés dans le temps et dans l’espace s’enchevêtrent: la maison qui est la «scène de crime» dans «Psycho» est décrite oralement par Hitchcock , tandis que chez collectif_fact la même scène est transposée dans la Maison Blanche de Le Corbusier à la Chaux-de-Fonds; enfin, dans l’exposition, différents détails (tapisserie, photo, dessin) évoquent la chambre de la Maison de Le Corbusier, chambre supposée représenter celle de la mère dans le film de Hitchcock. On pense également à un autre rapprochement possible: Hitchcock, Norman Bates dans le film, et Le Corbusier semblent avoir tous les trois entretenu des rapports complexes avec leurs mères.

EXPANDED PLAYTIME

2004, Vidéo SD, 4/3, 4’57’’
Bande son originale

Le traitement de l’image dans EXPANDED PLAYTIME est fortement empreint de l’esthétique des arts numériques. A l’instar du procédé utilisé par Jacques Tati dans «Playtime» (1967) - où les différentes salles d’attente d’Economic Airlines à Paris, Rome, Hambourg et à New York sont configurées à l’identique - la scène principale se déroule dans le décor d’une salle d’attente vitrée meublée années 1960. La bande son originale du film est toujours présente, mais les plans séquences sont découpés en segments isolés qui, juxtaposés et enchevêtrés, donnent à voir un nouvel espace 3D. Le film devient alors le matériau de base pour recréer une nouvelle salle d’attente virtuelle, qui devient la cage vitrée dans laquelle Jacques Tati semble être enfermé.

La vidéo est en quelque sorte une transition entre l’univers cinématographique des oeuvres plus récentes et les questions liées à l’urbanisme et à l’architecture des pièces plus anciennes.

CIRCUS

2004, Double projection vidéo SD, 4/3, 5’23’’
Bande son Jean-Jacques Duclaux

Les photographies digitales sont à l’origine de l’installation vidéo CIRCUS, qui ont été prises place du Cirque à Genève. Le travail informatique est plus spectaculaire et immédiatement visible, car les images ont été décomposées, décalées et recomposées autrement, donnant l’impression d’une ville en train de se désintégrer. Sur cette place genevoise virtuelle, les voitures volent, la signalétique routière se décolle, les déchets flottent dans l’air comme des scories tombées du ciel. La bande son recrée, elle aussi, l’ambiance électrique d’un espace urbain en mouvement. La ville devient une sorte de maquette géante en pièces détachables, que l’on pourrait recomposer à sa guise comme dans le jeu SimCity, et qui rappelle que la découverte d’une ville est rarement linéaire.

DATATOWN

2002, Vidéo SD, 4/3, 5’33’’

DATATOWN invite à un travelling nocturne à travers Genève, effectué à bord d’une voiture. Seuls le réseau routier, les affiches publicitaires et la signalétique urbaine sont éclairés, tandis que les contours du périmètre urbain sont plongés dans l’obscurité, donnant l’impression d’une ville virtuelle comme dans certains jeux vidéo. L’humain n’apparaît que comme silhouette noire, passagère, mettant en exergue le fonctionnement extrêmement codifié des espaces urbains et de la société contemporaine.

L'exposition se termine par

ON THE ROAD AGAIN

2006, Maquette, technique mixte, 25 x 25 x 10 cm

Ce parcours non chronologique à travers l’oeuvre de collectif_fact traverse les esthétiques et les formats, des langages des nouveaux médias aux procédés propres à l’écriture cinématographique. Le décor de l’installation «On the road again» (2006), qu’on retrouve également dans les pièces «Bubblecars» (2004) et «Reliefs» (2005), réalisées en numérique, devient l’objet de liaison entre ces deux univers. L’obscurité dans laquelle sont plongés le visiteur et l’installation dégage une atmosphère inquiétante, laissant présager un évènement sinistre imminent ou récent. La référence à Hollywood est de nouveau là: on pense à «Lost Highway» (1997) de David Lynch.

Télécharger «Mondes en construction», un texte de Patrick Gossati

Commissaires: Laura Györik Costas et Katya García-Antón

COLLECTIF_FACT, still de «Expanded Playtime», 2004

COLLECTIF_FACT, still de «Ways of Worldmaking», 2010

COLLECTIF_FACT, still de «Hitchcock presents», 2010

COLLECTIF_FACT, still de «Circus», 2004

COLLECTIF_FACT, still de «Datatown», 2002

 
Subventionné par la Ville de Genève