Les marques aveugles

25.11.11 — 22.01.12

Vernissage le 24 novembre dès 18 heures

 

PERFORMANCE: 12.01.2012 18:30

Une image fixe de l’aéroport d’Orly, et cette phrase presque aussi emblématique que le film: «Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance»; ainsi s’ouvre «La Jetée» (1962) de Chris Marker. L’exposition intitulée LES MARQUES AVEUGLES prend pour point de départ cette œuvre, devenue classique, pour une réflexion contemporaine sur le temps et la mémoire, et plus spécifiquement la relation entre image et empreinte, trace, traumatisme, dans un rapport étroit à la photographie.

Avec: Rosa Barba, Pavel Büchler, Hollis Frampton, Louise Hervé et Chloé Maillet, Robert-Jan Lacombe, Chris Marker, Katja Mater, Wendelien van Oldenborgh, Margaret Salmon, Hito Steyerl, Gitte Villesen, Akram Zaatari. Projections: Chantal Akerman, James Benning, Brent Green, Isidore Isou, William E. Jones.

NOTE D'INTENTION

Il est possible que l’acte de se souvenir soit indissociable de la mise en scène, du cadrage et du dispositif même de la photographie. «On photographie les objets pour les chasser de son esprit» (Kafka); la photographie pourrait se substituer à la mémoire, devenir en quelque sorte une archive du souvenir. Mais peut-être le cœur de la problématique repose-t-il à fortiori sur la question du cadrage. La photographie sans doute cristallise un fragment de réel – même si ce «réel» peut à tout moment être remis en question par la nature du support photographique qui forcément n’est qu’un leurre –; ce fragment cependant ne semble pas plus signifiant que les éléments se situant hors de son cadre, qui s’étant dérobés à l’image, s’adressent à l’imagination. De quelle façon cette dialectique entre présent et absent, tangible et immatériel, peut-elle être envisagée, alors même qu’elle s’adosse à un paradoxe?

Comme pour le traumatisme – évènement brutal inscrit dans l’inconscient, qui ne peut être identifié qu’à postériori comme souvenir, trace – ce qui n’est pas visible dans la photographie est néanmoins présent et essentiel. Ce paradoxe est par ailleurs également fondamental au medium filmique, qui non seulement illustre de façon emblématique cette présence/absence dans le dispositif de la projection et de l’écran – faisant office de cache –, mais aussi dans son fonctionnement même, la simulation du mouvement découlant de la différence entre les images. Il est question de ce que l’on voit, mais à plus forte raison encore, tel un portrait en creux, de ce qui n’est pas donné à voir, ce que l’on perçoit. Absence, disparition, inconscient, sont autant de stratégies et mécanismes mis en place dans les œuvres présentées dans LES MARQUES AVEUGLES.

Ces œuvres principalement filmiques développent toutes un rapport plus ou moins direct et étroit à la photographie. Ce lien, intrinsèque ou exacerbé, ajoute naturellement la question du montage à celles de la photographie et de la mémoire. Outre l’interruption, la répétition semble être dans ce contexte l’élément charnière de ce mécanisme: la répétition, restaurant la possibilité de ce qui a été, rend en effet cet objet par là-même et de façon paradoxale à nouveau possible (Agamben). La mémoire dispose du pouvoir de rétablir les différentes potentialités d’un passé.

Le projet propose un parcours conceptuel et formel à travers ces lignes de réflexion, qui se développent dans l’exposition, une performance au mois de janvier, et une série de projections aux cinémas du Grütli, permettant non seulement d’élargir le spectre du type d’œuvres présentées, mais également leur format et réception.

Cette exposition s’inscrit dans le cadre du projet «Spirales. Fragments d'une mémoire collective autour de Chris Marker» (25.11 – 4.12.2011), réalisé en collaboration avec diverses institutions genevoises.

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CYCLE DE PROJECTIONS

19-1-2012

BRENT GREEN
«GRAVITY WAS EVERYWHERE BACK THEN», 2010

film 16mm et photos numériques transférés sur vidéo, couleur, son, 75’, anglais (sans sous-titres). Courtesy de l’artiste et Andrew Edlin Gallery, New York.

GRAVITY WAS EVERYWHERE BACK THEN conte l’histoire vraie de Leonard et de Mary, de leur amour, et de la quête désespérée de Léonard, qui construisit une tour sur sa maison afin de sauver sa femme de la maladie. Inspiré par le destin de Leonard Wood, Brent Green a reconstruit son excentrique maison dans son jardin, et recréé son histoire sous la forme d’une animation image-par-image. Avec une esthétique singulière, un décalage (inévitable) entre image et son, le film est une ode au romantisme et au bricolage, sur fond d’interrogations plus fondamentales, spirituelles ou existentielles.

20-1-2012

JAMES BENNING
«13 LAKES», 2004

film 16mm, couleur, son, 135’, sans dialogue. © James Benning

Un film expérimental et exigeant qui requiert la patience du spectateur, 13 LAKES de James Benning dépeint treize lacs en autant de séquences de dix minutes. Les plans fixes, quoique très profonds, restreignent l’image à une fenêtre et contraignent le spectateur par leur durée à une observation inspirée de la nature et de ses détails. Ce cadrage, qui est d’ailleurs récurrent dans sa structure (la ligne d’horizon se situe approximativement au milieu de l’image partageant eau et ciel de façon presque équivalente), engendre par ailleurs une mise en exergue des éléments situés hors cadre (dont les sons peuvent être perçus, ou qui parfois traversent l’image) et de la présence de Benning et de sa caméra.

21-1-2012

CHANTAL AKERMAN
«D’EST», 1993

film 16 mm, couleur, son, 110’, sans dialogue. © Chantal Akerman
Avec le soutien de la Délégation Wallonie-Bruxelles, Genève

D’EST est un voyage en 16mm de l’été au plus profond de l’hiver, d’Allemagne de l’est à Moscou, à travers la Pologne, l’Ukraine, toute l’Europe de l’Est. Chantal Akerman a filmé tout ce qui la touchait; des visages, des rues, des bus, des intérieurs, des files d’attente, des portes, des repas, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, qui passent ou qui s’arrêtent, assis ou debout, des jours et des nuits, la pluie, la neige et le vent, l’hiver et le printemps. Chantal Akerman a filmé tout un monde en disparition, au moment où se dissout le bloc des pays de l’Est, et avec lui une société pleine d’espoirs envolés, qui n’aura fait qu’attendre des temps meilleurs. Dans un mouvement ininterrompu le film subsiste comme un souvenir de ces instants.

22-1-2012

WILLIAM E. JONES
«DISCREPANCY», 2008-2010

vidéo, couleur, son, 9’30’’, anglais (sans sous-titres). Courtesy de l’artiste et David Kordansky Gallery, Los Angeles &

ISIDORE ISOU
«TRAITÉ DE BAVE ET D'ÉTERNITÉ», 1951

film 16mm transféré en béta numérique, n/b, sans son, 120’, français. © Isidore Isou

DISCREPANCY de William E. Jones est le titre d’un groupe d’œuvres – présentées ici de façon synchrone sur un écran unique – s’inspirant de «Traité de bave et d’éternité» et du manifeste de «cinéma discrépant» défendu par Isidore Isou. La bande son de «Traité…», légèrement modernisée et radicalement condensée pour atteindre une durée de 9’30, est lue par un générateur de voix de synthèse. Elle s’associe à différents types d’images allant de matériel administratif (une conférence de la Drug Enforcement Administration (DEA) ou des images de la guerre du Vietnam), à des éléments formels directement liés aux media tels que le motif apparaissant au rembobinage d’une cassette mini-DV ou celui du programme de musique i-tunes.

TRAITÉ DE BAVE ET D’ÉTERNITÉ est un film expérimental basé sur le principe de ce qu’Isidore Isou, son auteur, appelle le montage «discrépant» (divergent), consistant en une disjonction totale entre le son et l’image, travaillés de manière autonome sans aucune relation signifiante. La bande-son, constituée de poèmes lettristes (servant de générique et d’interludes) et d’une narration contant l’histoire de Daniel, auteur d’un manifeste pour un nouveau cinéma (le cinéma «discrépant»), se confronte à des images constituées en grande partie de matériels trouvés (films militaires, exercices de gymnastiques) mais aussi de scènes représentant Isou déambulant dans le quartier de Saint-Germain-des-Près ou en compagnie de personnalités (comme Cendrars ou Cocteau). Ces images sont soumises au procédé de la ciselure, qui consiste à peindre, gratter ou rayer directement le photogramme, rompant par là-même la fluidité du mouvement du film dans une volonté violente, de la part du réalisateur, de renouveler le médium filmique.

Une exposition thématique sous le commissariat de Katya García-Antón et Emilie Bujès

JAMES BENNING, «13 Lakes», 2004.

WILLIAM E. JONES, «Discrepancy», 2008-2010.

KATJA MATER, «Density Drawings - site specific 10/10/11», 2011.

AKRAM ZAATARI, «Red Chewing Gum», 2000.

HITO STEYERL, «November», 2004.

GITTE VILLESEN, «Authentic. Objective. Subjective. Or which rules does one follow?», 2004.

LOUISE HERVÉ & CHLOÉ MAILLET, «Avant le monde, et après (sérial)», 2011.

ROBERT-JAN LACOMBE, «Kwa Heri Mandima (Au Revoir Mandima)», 2010.

BRENT GREEN, «Gravity Was Everywhere Back Then», 2010.

ROSA BARBA, still de «A Private Tableaux», 2010.

Chris Marker, «La Jetée», 1962.

MARGARET SALMON, still de «Untitled (Colour Line)», 2011.

PAVEL BÜCHLER, «The Shadow of Its Disappearance», 2008.

 
Subventionné par la Ville de Genève